[Interview] Journal d’un forgeron confiné : Bernard Canard

Alors que la France est confinée et que le football est à l’arrêt, Piero a pris son micro pour interviewer nos forgerons !

micro interview

Piero : Bonjour Président ! Comment allez-vous en cette période où vous deviez être très occupé ?
Bernard Canard :
« Effectivement, pour nous cela a été une période très compliquée parce que pendant ce confinement et à l’inverse de beaucoup de monde, nous étions sur une charge de travail très importante et il a fallu l’assumer tout en respectant les gestes barrières. Pour répondre au global, on a essayé d’être partout, sur tous les fronts : la famille bien sûr c’est important et c’était plutôt les dimanches. Les autres jours de la semaine, nous étions au travail du matin jusqu’au soir. Enfin, il y avait aussi des appels et des suivis réguliers au niveau du FCG où tout le monde est en chômage partiel. A noter qu’il n’y a eu aucun contact de pris avec les partenaires vu qu’ils avaient leurs propres problèmes aussi. »

 

Nous avons pu échanger avec Journet Energies Nouvelles (voir interview) et Bosset Motoculture + UCAI (voir interview). Pour votre part, il n’y a pas eu d’arrêt ?
« J’ai eu des contacts réguliers avec des chefs d’entreprises qui étaient soit en arrêt, soit en semi arrêt et qui se posaient des questions. On est aussi là pour rassurer les entreprises ! Avec les gestes barrière, on a l’impression qu’il est impossible de travailler. Néanmoins, je leur expliquais que je suis à la tête de 200 salariés dans 2 usines et qu’il est possible de travailler en toute sécurité en respectant les gestes barrières. »

 

Concrètement, comment cela se passe dans votre entreprise ? Est ce que les contraintes et gestes barrières sont une charge supplémentaire ?
« Nous avons mis en place en premier lieu la distanciation comme obligation. C’est à dire de respecter cette fameuse distance de 1 mètre pour les salariés sur leur poste individuel. Après, nous avons mis du gel hydro-alcoolique à disposition et nous avons instauré de la désinfection des pièces communes, de tout ce qui est portes, poignées de portes… et les locaux 2 fois par jour. Concernant l’organisation du travail, celle-ci est assez simple. On a adapté les postes de travail pour rentrer dans la norme, cela s’est fait progressivement et nos salariés ont été un peu surpris au début mais chacun a trouvé sa place. Aujourd’hui nous travaillons sans aucun problème depuis 2 mois et sans aucune réticence du personnel ni le moindre soucis. On considère aujourd’hui que nos usines fonctionnent comme avant et avec les gestes barrières qui n’existaient pas auparavant. Notons que l’on a plus de personnel qu’avant le confinement mais cette charge supplémentaire n’est pas due uniquement au COVID-19 mais également à des parts de marché qui ont augmenté. »

 

Pourriez vous nous présenter les Ets Canard SEFIC ?
« Aujourd’hui, le groupe Canard SEFIC c’est 250 salariés environ répartis essentiellement sur Molinet (03), sur Digoin (71) et sur une unité vers le Puy (43) avec une trentaine de salariés. On faisait 400 à 420 cercueils/jours et on était sur une base de 100 000 cercueils annuels ce qui nous met au 2e rang en France et dans les 4 à 5 premiers en Europe. On a augmenté la production d’une centaine d’unités par jour et c’était même insuffisant à un certain moment… On est passé à 550 cercueils/jours actuellement ce qui donne une base de 120 000 unités annuelle. Nous avons été très bien accompagnés par les préfectures et le ministère car on représente près de 20% de l’activité dans ce domaine. Mon appel n’a pas été entendu, c’est malheureux mais à situation exceptionnelle il fallait proposer des mesures exceptionnelles… Il aurait fallu embaucher pour être en capacité de produire ce qu’on nous demandait mais il aurait fallu surtout répondre à notre demande d’aménagement d’horaires, le personnel lui était d’accord pour travailler plus car ils avaient compris qu’on avait besoin d’eux pour travailler plus et même les samedis tant la situation était tendue. C’est regrettable mais nous n’avons pas eu l’autorisation de déroger au temps du travail et à la réglementation des heures supplémentaires. »

 

Qu’est ce qui fait la force des Ets Canard SEFIC ?
« Aujourd’hui, on se rend compte que ceux qui sont en capacité de produire comme c’est notre cas, ont tous les moyens ! L’outil de production, le personnel : chauffeurs, électriciens, mécaniciens, nos propres ressources d’approvisionnement… On est totalement autonomes et on ne dépend quasiment pas de l’extérieur si ce n’est pour des produits comme la colle et le vernis. Quand on a compris qu’on passerait au confinement et qu’on a vu comment la situation sanitaire se compliquait, on a pris nos précautions et on a commandé rapidement les produits qui auraient pu manquer avant que les frontières ne soient fermées. A aucun moment nous n’avons été en difficulté dans nos approvisionnements. Nous avions du stock pour répondre sur au moins 1 mois et demi et, concernant le bois et les matières premières, nous sommes totalement autonomes et nous avons pu répondre ainsi à la demande. »

 

Vous êtes un des maillons de la chaine face au Covid-19…
« On est un des maillons très important de la chaîne effectivement. On devait pouvoir répondre présents car on avait des clients qui attendaient nos produits pour pouvoir faire les mises en bière. Nous avons été sur une période que je n’ai jamais connue et cette période-là nous a beaucoup appris. »

 

Président, évoquons maintenant le FCG. Que de chemin parcouru depuis la reconstruction ! Êtes-vous fier de cela ?
« On parle de reconstruction et c’est le mot juste. Oui je suis fier et surtout de cette saison ! Je n’ai pas de regrets sur cette saison parce qu’on est tombé sur une équipe d’Auxerre exceptionnelle. Cette saison aurait pu être un aboutissement depuis 2011 avec une montée en National 2 auquel on pouvait raisonnablement croire… Je pense qu’on peut parler aussi d’une reconstruction car le club s’est structuré ! Par ses salariés : Christophe Noluveau le directeur général qui fait un travail remarquable, Guillaume Avinain et Thomas Dumont qui l’a rejoint, tous les bénévoles qui gravitent autour du club, les anciens etc… J’ai un groupe derrière moi et je dirai que c’est juste un plaisir de travailler avec tous ces gens-là. Si dans mon entreprise je dirige, dans le club je sais décider le moment voulu et je sais écouter quand on a besoin de conseils… Le club appartient à tout le monde, j’en suis le président mais je sais que je dois être à l’écoute de toutes ses composantes. A tous les étages je suis bien entouré et les choses se passent remarquablement bien je dois dire. »

 

Vous ne vous êtes jamais découragé durant toute cette quasi décennie ?
« Non jamais. C’était plutôt lors du démarrage la première année que c’était tout de même difficile. Les deux premières années ont été les plus compliquées avec des problèmes de mutations car on repartait de zéro et il n’y avait plus de partenaires… Je découvrais également le monde de l’intérieur du club que je ne connaissais pas. Après, nous sommes montés au bout de 2 ans et depuis, on est en N3 et on progresse d’année en année… On m’avait demandé de relancer le club et je pense que c’est ce qu’on a réussi à faire. Maintenant ce n’est pas simple mais j’apprécie aussi ces moments de convivialité… J’aime ça ! »

 

Quels ont été les bons moments de votre présidence ?
« La montée en CFA2 (ndlr: actuel N3) dès la 2eme année a été un souvenir magnifique depuis devant plus de 2200 spectateurs a été un moment extraordinaire. Cette année a été quand même une belle année où les joueurs ont vraiment fait plaisir aux supporters ! On a cru très longtemps à cette montée en N2 mais bon, comme évoqué plus haut, on est tombé contre une équipe exceptionnelle. Chaque année nous avons de bons moments avec le nombre de partenaires qui augmente, un club entreprise qui a été créé où les gens sont dans la convivialité… On reste dans ces mots : convivialité, amitié, échange et c’est ça qui est important. »

 

Revenons sur la première partie du confinement lorsqu’on ignorait si le championnat aller redémarrer. Comment vous étiez vous organisé au club ?
« Les choses se sont arrêtées quand on a su que le championnat était suspendu. Dès lors, tout le monde, joueurs, entraineur… ont été mis en chômage partiel. A la mi-mars, on ne savait pas trop au début ce qu’il allait se passer… On avait des matchs importants qui devaient se jouer, des organisations qui se présentaient, avec un tournoi jeunes, un loto et des manifestations extra-sportives… Malgré l’avance d’Auxerre, on n’avait pas abandonné l’idée que l’AJA puisse avoir aussi un trou de performance. Il restait aussi un match retour la-bas qui était extrêmement important et aurait pu rabattre des cartes en cas de victoire. Même si le challenge était très difficile, on aurait joué crânement nos chances… Mais avec le temps qui passait, on a très bien compris que le couperet allait tomber. »

 

Déçu par cet arrêt brutal ?
« Oui, déçu de cette fin parce qu’on aurait pu avoir une fin de saison palpitante… On aurait aimé voir cette équipe aller jusqu’au bout. Et puis notre équipe en R2 était bien placée même si je pense qu’aujourd’hui il y aura 3 poules de R1 qui vont se constituer et que cela nous permettrait de monter quand même en R1… On attend encore quelques décisions. Notre équipe B a eu un démarrage compliqué puis elle s’était mise sur une grosse dynamique et je ne cache pas qu’on avait l’ambition d’aller chercher la première place pour monter aussi en R1 ! Cette équipe mérite son classement et cela donne l’occasion de féliciter ce groupe mené par Fabrice Correia qui a fait un travail remarquable malgré un début de saison difficile. Je pense que sportivement, on serait allé gagner la montée en R1 car on avait toutes les cartes pour le faire. Maintenant, on reste dans l’attente… »

 

Quels sont d’après vous les ingrédients qui ont permis de retrouver un FCG à ce niveau ?
« C’est un ensemble : un très bon recrutement je pense car il a fallu tirer un trait sur une époque avec des choix qui ont pu être douloureux avec le départ de certains anciens. Le recrutement a été fait sur une base de jeunes qui ont apporté une nouvelle dynamique puisqu’on était tombé sur une certaine routine qui s’était ancrée dans le club. L’apport d’un préparateur mental, d’un suivi médical, un groupe qui vit bien ensemble dès le départ…. Le démarrage de la saison avec une belle série de victoires, moins de blessés par rapport à autrefois C’est cet ensemble de choses et un groupe qui s’est forgé avec les victoires. »

 

Comme évoqué avec Patrick Fedrigo (voir interview) et Nicolas Pellenard (voir interview), il y a eu aussi une belle embellie pour les jeunes ?
« Oui et c’est important pour la reconstruction. On parle de l’équipe séniors mais les équipes de jeunes qui sont derrières sont d’une importance primordiale. On a essayé de structurer cela car le club de Gueugnon, c’est aussi de la formation, de la jeunesse que l’on doit bien encadrer. On doit être ambitieux pour ces équipes là ! On a la chance d’avoir pu structurer le club avec l’arrivée d’encadrants tel que David Vasco, Patrick Fedrigo et tous ceux qui sont venus nous aider dans cette mission. J’espère qu’on pourra faire de même encore pour les années à venir. »

 

On peut dire que le club ne lâche rien pour tous les autre pans comme l’arbitrage ou les féminines…?
« Oui, au niveau de l’arbitrage bien évidemment on a pu former 2 arbitres cette saison et on fait en sorte d’être en conformité voir même en avance sur le règlement. On a un devoir de former des arbitres et ça nous permet de maintenir le niveau des mutations voir même de l’augmenter. On est aujourd’hui en règle au niveau de l’arbitrage et on fera tout pour l’être au cours des saisons futures. Pour les féminines c’est un peu plus difficile mais on va essayer de travailler dessus pour être plus performants. C’est un objectif aussi. »

 

Avec Richard Trivino (voir interview), nous évoquions l’effectif et il nous confiait qu’il espérait au moins conserver une équipe qui ressemblerait à celle d’aujourd’hui mais il devait faire aussi avec le budget que vous aurez établi. Comment cela va-t-il se passer concrètement pour la saison à venir ?
« On va rester ambitieux. Le budget va considérablement diminuer vous aurez compris pourquoi en cette période de pandémie. Richard Trivino a déjà la masse salariale qu’on a affecté pour l’effectif ce qui permettra effectivement de conserver beaucoup de joueurs. Certains vont partir, d’autres vont arriver… Certains contrats ne seront pas reconduits, d’autres seront conservés… Une grande majorité des joueurs restent, des nouveaux vont aussi arriver sur des bases salariales inférieures ou sur des contrats jeunes et des contrats apprentis. On a cette obligation aujourd’hui de réduire notre masse salariale. L’effectif sera un peu rajeuni même s’il y a beaucoup d’anciens qui vont rester. On espère faire aussi bien que cette saison. Notons que tous les autres clubs, hormis les réserves pros, sont dans le même cas. Et est ce que tous les clubs pourront repartir ? Le FCG ne se pose pas cette question-là car le club est sain et va redémarrer avec un effectif d’une vingtaine de joueurs. On a une inquiétude bien sûr pour les partenaires qui auront subi de plein fouet les effets du blocage de l’économie et c’est plus compliqué d’aller voir les partenaires aujourd’hui. »

 

Il y a eu des choix douloureux à faire concernant l’effectif ?
« Oui. On a remis en cause certains niveaux de salaires. On avait 3 contrats fédéraux et il en restera peut être 2 voire 1… Mais dans l’ensemble, on pourra garder les joueurs que l’on souhaitait. »

 

Pour la partie évènementiel, là aussi il y aura des recettes en moins ?
« Plusieurs manifestations avaient été prévues : les 80 ans sont reportés, peut être la fin de l’année ? C’est Michel Berthommier qui en a la charge. Nous n’avons pas d’informations d’annulation pour le moment concernant le stage du Réal. Le tournoi jeunes de 1er juin est annulé tout comme le loto. Le chômage partiel nous “aide” en ce moment mais effectivement il y a des pertes de recettes avec tout ce que l’on ne peut pas faire. »

 

A ce jour 1 du déconfinement, quel sera le mot d’ordre au FCG et qu’auriez- vous vous envie de dire ?
« Je dirais qu’on va essayer de relancer les entreprises qui ont vécu des moment toujours pas faciles, de voir un petit peu quels sont leurs sentiments sur leurs activités d’abord et sur la saison prochaine ensuite. J’espère que la majorité des partenaires nous suivront… J’aurais besoin dans les 2 à 3 semaines à venir d’avoir un ressenti financier pour la saison future. Il était de mauvais ton de solliciter qui que ce soit en ces temps difficiles mais il est vrai que pour le budget du club, la part des partenaires entreprises et du privé est très importante. »

 

Auriez-vous un mot en cette période ?
« Je crois qu’aujourd’hui dans notre métier, on s’est aperçu de tout ce qui peut arriver lorsque l’on ne respecte pas les gestes barrières. Il faudra de la discipline si on veut que ce deconfinement se passe bien et que l’on ne revienne pas à un reconfinement. Il faudra respecter les gestes barrières et ne pas faire n’importe quoi. Peut-être se restreindre les premières semaines sur des tas de choses comme des sorties non vitales ? Encore une fois, il faut respecter les consignes afin d’aider nos soignants qui ont besoin de souffler un peu. Ayons un comportement responsable afin de pouvoir revenir à la normale le plus rapidement possible. J’aurai envie de remplir le salon de Bourgogne du stade Jean Laville mais je ne dois pas et je ne peux pas. Mais pour revivre ces moments là, il faut passer par une étape intermédiaire qui est un déconfinement progressif ! »

 

Le mot de la fin président ?
« Que tous ceux qui croient en ce club continuent d’y croire. Que les supporters et tous ceux qui suivent ce club nous fassent confiance, on sera encore ambitieux et on verra de belles choses la saison prochaine. »

Merci à Piero et au président Bernard Canard pour ces mots.
N’oubliez par de prendre soin de vous et de vos proches #ForgeronFamily !

Retrouvez nos interviews et notre série “journal d’un forgeron confiné

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