[Interview] Journal d’un forgeron confiné : Fabrice Correia

Alors que la France est confinée et que le football est à l’arrêt, Piero a pris son micro pour interviewer nos forgerons !

 

micro interview

 

Piero : Fabrice, comment vas-tu en cette période inédite et comment se passes tes journées ?
Fabrice Correia : « Tout va bien, on est en famille à la maison. Mon épouse travaillant dans le secteur bancaire, je suis le plus souvent seul la semaine avec mes 2 filles. Je bénéficie avec mon employeur du télé-travail ainsi que de la garde de la plus jeune de mes filles qui a moins de 16 ans. Je les accompagne si besoin pour leurs cours, surtout pour la plus jeune qui à 12 ans. La plus grande est en 1ère donc elle se doit d’être autonome. Je suis une personne active qui n’aime pas rester trop longtemps à la maison et qui aime sortir… Du coup je me suis mis à la cuisine et au renforcement musculaire ! J’avoue également être fan des documentaires sur Netflix, notamment ce qui touche à l’architecture et la construction des bâtiments, donc j’en profite. Mes seules sorties sont les promenades avec ma chienne et les courses. Pour finir, on s’appelle régulièrement avec la famille et les amis en visio… Cela permet malgré la distance de nous voir et de garder du lien. J’essaye de prendre la situation avec philosophie, d’être patient et de bien respecter les directives du gouvernement mais cela n’empêche pas la crainte… Surtout quand on voit des gens mourir et le bilan s’alourdir de jours en jours ! Il ne faut pas paniquer et essayer de garder confiance en l’avenir mais j’en conviens que cela n’est pas évident… »

 

Avec ton frère Philippe, vous avez été tous les 2 footballeurs et maintenant coachs… Peux-tu nous parler de cette fratrie ? De comment ça se passe ?
« Philippe, c’est mon grand frère dans la vie privée. Il m’a toujours soutenu et conseillé quand j’en avais besoin. Pour ma part cela a toujours été compliqué par rapport aux gens car la comparaison était inéluctable ! J’en ai parfois souffert quand j’étais jeune mais cela m’a endurci et je m’en suis servi comme d’un levier supplémentaire de motivation pour toujours avancer et jamais abandonner. Philippe a 8 ans de plus que moi et très souvent, vous avez envie de faire comme votre grand frère ! Après, même si nous avons 2 caractères différents, nous serons toujours solidaires l’un envers l’autre. Cette relation peut paraître compliqué au vu de l’extérieur : lui étant coach de l’équipe première et moi de l’équipe réserve, mais c’est un peu comme quand vous travaillez en famille… Moi j’en tire une force de notre lien et nous avons une confiance aveugle l’un envers l’autre et cela, ça n’a pas de prix. »

 

Parles-nous de ton parcours de footballeur
« J’ai débuté à la JO Creusot jusqu’à mes 14 ans ensuite, j’ai intégré le FC Gueugnon en sport-études puis le centre de formation. J’y ai gravi toutes les étapes des 15 nationaux jusqu’à l’équipe première en 2e division à l’époque. J’ai également été prêté à Beauvais pendant 6 mois toujours en 2ème division. Ensuite, j’ai évolué à Wasquehal pendant 3 saisons en Ligue 2 et enfin, j’ai terminé ma carrière au FC Montceau pendant plusieurs saisons en CFA2 et CFA. »

 

Revenons à la saison en cours. En tant que coach de la réserve, quel était le projet pour cette équipe en début de saison ?
« Mon projet principal est de pérenniser le groupe réserve d’abord, avec un groupe autonome à l’entrainement puis ensuite sur le sportif, je n’ai pas de projet particulier. Bien sûr le maintien est primordial ! Mais je suis pas dans une quête de résultat. Fédérer mon groupe et le faire progresser est mon objectif car je sais que si on arrive à cela, et dieu sait qu’on y laisse des plumes (rires), nous allons être compétitif et passer de bons comme de mauvais moments. Que ce soit pour un maintien ou une montée, peu importe, nous saurons voyager ensemble ! C’est le voyage qui m’intéresse. »

 

Actuellement, quel est le programme pour les séniors B et comment correspondez entre-vous ?
« Nous discutons par message ou téléphone. Pour l’instant la seule chose que je leur ai demandé est de garder une activité sportive variée en respectant strictement les consignes du gouvernement et également de surveiller leurs poids. A partir de la semaine prochaine, je leur donnerai un programme sur 15 jours et nous avancerons pas à pas. Je n’ai pas voulu commencer trop tôt pour qu’il puisse garder une certaine fraîcheur mentale en cette période de confinement et d’incertitude… »

 

Après des débuts compliqués, vous avez pris votre rythme de croisière au point de jouer la montée (ndlr: voir classement) ! Comment juges-tu cette partie de championnat ?
« Début compliqué vraiment… Nous étions vraiment au fond de la marmite ! Mais le groupe n’a pas lâché et a su faire preuve de grand caractère. Cette attitude, y compris celle des joueurs du groupe A qui ont joué avec nous, c’est ce que je préfère sur notre saison car je savais que notre groupe avait les qualités. Mais les qualités seules ne suffisent pas et jouer la montée… Sincèrement nous étions avant dernier et relégable en octobre ! Je sais que je suis parfois un peu fou mais quand même (rires). Trêve de plaisanterie, si mon groupe souhaite être ambitieux et surtout, s’il s’en donne les moyens alors on se défoncera sur le terrain et arrivera ce qui arrivera… On les soutiendra jusqu’au bout ! »

 

Crois-tu la montée possible dans ce contexte ? Et qu’imagines-tu pour la reprise ?
« Je n’ai pas d’à priori sur la reprise, le contexte est si particulier… Beaucoup de choses sont possibles en football ! J’ai juste hâte que tout cela se termine pour notre pays et tous les autres pays car beaucoup de gens souffrent, se sacrifient pour les autres et meurent… ensuite il sera temps de penser au football. J’aime le football mais pour l’instant, ce n’est pas la plus important. »

 

Pourrais-tu nous parler des liens avec l’équipe A de Philippe Correia et avec le directeur sportif Richard Trivino ? On a également vu certains de tes joueurs comme Thomas Doridot jouer en A… Quel est ton discours envers tes joueurs ?
« Mon interaction avec Philippe et Richard est vraiment agréable et remplie de confiance pour moi. Ils m’accordent une grande liberté et je peux ainsi prendre des risques avec mon groupe et les pousser plus loin. Sans cette relation, tout serait plus compliqué pour moi. Peu de gens imaginent à quel point c’est important pour moi. Concernant la A, je n’empêcherai jamais un seul joueur de mon groupe d’intégrer l’équipe première quel que soit notre effectif et nos objectifs. C’est aussi le but d’accompagner nos jeunes joueurs à évoluer à terme avec l’équipe A. Ma relation avec mon groupe est basée uniquement sur une confiance mutuelle, parfois elle peut être douloureuse, parfois superbe… Et on en paie tous le prix. Il ne faut pas avoir peur de s’engager totalement, ni de l’échec. »

 

Si tu avais des souhaits ou vœux à formuler pour la suite des évènements ?
« Tout d’abord, je souhaite vraiment que l’on sorte de cette terrible épreuve et que l’on ait une pensée pour toutes ces personnes qui souffrent… qui luttent… pour la vie des autres et la leur. J’aime à rêver parfois mais la réalité vous rattrape donc je vais être assez pragmatique. Sportivement, j’avoue que j’aimerais que notre équipe première réussisse à gravir un échelon… Rien n’est perdu pour cette saison même si cela devient compliqué. Cela récompenserait tout le travail réalisé depuis quelques années. Tout le groupe réserve et moi le premier, nous sommes à fond derrière eux et nous les soutiendront toujours ! Peu importe le classement en fin de saison. Pour mon groupe, je souhaiterais tout simplement me retrouver avec eux sur notre VF8 pourri, pour le reste nous verrons… Enfin, j’aimerais tant que nos licenciés puissent bénéficier de terrains de bonne qualité… Vraiment ! (ndlr: L’entretien de la plaine étant trop couteuse pour notre club désormais amateur, la B devait finir son championnat à Jean Laville). Il est temps de faire bouger les choses. Il y a quelque semaines j’ai littéralement pété un câble ne supportant plus cette situation. J’espère de tout cœur que nous saurons tous travailler et œuvrer ensemble : club, mairie et partenaires privés afin de donner les moyens à tous les éducateurs et leurs joueurs d’évoluer sereinement et dans de bonnes conditions. A partir de là nous pourrons faire progresser plus vite et fidéliser nos jeunes. Le plaisir avant tout, même avant les résultats. »

 

Merci à Piero et Fabrice pour ces mots.
N’oubliez par de prendre soin de vous et de vos proches #ForgeronFamily !

 

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