[Interview] Journal d’un forgeron confiné : Emmanuel Pisseloup

Alors que la France est confinée et que le football est à l’arrêt, Piero a pris son micro pour interviewer nos forgerons !

 

micro interview

 

Piero : Emmanuel, comment vas-tu et comment passes-tu tes journées en ce moment ?
Emmanuel Pisseloup : « Ça va. Aujourd’hui je suis à la maison à Saint Vincent Bragny. Je navigue entre mon télétravail et ma fonction première de directeur d’institution sociale de Charolles et à Blanzy qui fonctionne 24h sur 24 avec des résidents donc aujourd’hui, je suis bien occupé… »

 

Pourrais-tu nous décrire ces différentes fonctions ?
« Je suis éducateur spécialisé de formation et au fur et à mesure des années, je suis monté en responsabilité. Aujourd’hui je dirige 2 établissements sociaux, des maisons d’enfants à caractère social, qui accueillent des enfants et des adolescents. Cela représente 80 enfants et 70 salariés et on fonctionne 24h sur 24, 365 jours par an. »

 

Comment vis-tu cette période particulière actuelle ?
« Je n’ai pas trop le temps aujourd’hui de me poser la question… Je suis complètement happé par ma fonction principale qui est la sécurité des enfants et celle des salariés. »

 

Tu es aussi préparateur mental au sein du FCG. Qu’est ce qui t’a amené à cela et pourrais-tu nous redéfinir ton action au club ?
« Richard Trivino et Philippe Correia ont fait appel à moi en mai 2019 suite à une saison qu’ils ont trouvé difficile et compliquée. Je leur ai proposé mes services qui consistaient tout d’abord à créer de la cohésion dans l’équipe et emmener les conditions de gestion mentale pour chaque joueur. On a commencé aux alentours du 20 juillet et mon rôle est de mettre en place des concepts afin que chacun des joueurs se connaissent mieux, découvre en lui ce qui le rend plus fort et en même temps, ce qui ne lui permet pas de passer la vitesse supérieure… On passe par l’entretien individuel et par des séances collectives, voila ce sont les principales méthodes..
En fait ce qui est important dans ce rôle, c’est de faire circuler la parole de manière à ce que chacun ne soit pas introverti, pour qu’il puisse exprimer devant le groupe ce qu’il ressent aussi bien le positif que le compliqué… C’est par ce moyen qu’on arrive à avoir la cohésion car chacun trouve des réponses à ses questions. On développe de ce fait l’empathie et ça, ce sont des choses que les footballeurs ne connaissent pas forcément en fait… Dès la première journée où l’on s’est rencontré avec les joueurs et le staff, je leur ai dit que ceux qui sont venus pour jouer pour eux, ils peuvent déchirer leur licence devant le coach et partir ! Je leur ai toujours dit qu’une équipe de champions n’est pas toujours championne… »

 

Ce n’est pas chose aisée de rentrer dans l’intime de chacun ?
« Pour l’individuel je passe toujours sur la base du volontariat. Le collectif par contre est organisé. Après, effectivement s’intégrer dans l’intime n’a jamais été une chose aisée mais c’est d’autant plus difficile pour les joueurs d’accepter la dimension mentale ! Pour moi, cela a été plus facilité par le fait que le directeur sportif et l’entraineur (ndlr: Richard Trivino et Philippe Correia) sont à 200% dans cette démarche. Ce sont eux qui ont initié cette idée et de ce fait, c’est un atout formidable pour travailler avec les joueurs. Puis mon intégration a été voulue et Bernard, Michel, Guy et les autres qui ont aussi accepté la démarche et ma personne. »

 

Durant cette saison, l’équipe a démarré en trombe en dominant les débats avec une série jamais égalée depuis la reprise du FCG puis il y a eu cette période de “moins bien”. Quelle est  ton analyse à ce sujet ?
« Je pense effectivement que la saison est très bonne. Cela a aussi été dû au recrutement qui a été fait. Philippe et Richard ont dû faire des choix dès le mois de mai en officialisant des départs et je crois savoir que ce n’a pas été facile…  Puis ils ont constitué une équipe qui n’était pas faite seulement de talents mais aussi avec de personnalités. C’est un peu comme une recette de cuisine : il y a les ingrédients mais il faut que la recette fasse un bon gâteau ! »

 

Et sur le manque de mental qui était souvent évoqué pour les joueurs ?
« Moi je ne travaille pas trop sur le résultat mais plus sur l’objectif et la maîtrise. Après, il faut noter qu’on se réfère toujours à ce qui a été fait et les 10 premiers matchs ont été extraordinaires avec un niveau de jeu et une volonté hors pair ! On l’a vu contre Auxerre B où il y a eu une envie, une joie collective qui avaient été rarement vécues à Gueugnon… On compare les derniers matchs à ce début de saison et les joueurs se disent qu’il y a quelque chose qui a manqué sauf qu’ils n’avaient jamais connu le sentiment de défaite ensemble ! De plus, le préparateur mental ne peut pas travailler ce sentiment de défaite… C’est quelque chose qui serait plutôt antinomique.
Ils peuvent dire “on a failli mentalement” mais il faut aussi admettre que pendant des mois, ils avaient élevé le mental à un niveau très élevé ! Puis ils savent qu’un match et même une saison peut se jouer à rien… Mais ce rien est toujours compliqué à mettre en place ! L’exemple de Dijon où l’équipe est menée 3 à 0, tous se demandaient quand cela s’arrêterait… Et il faut avoir un sacré équilibre et une sacrée envie pour remonter de 2 buts et ne pas baisser les bras ! Bon certes ils ont perdu mais ils ont su remonter la situation avec énormément d’envie. »

 

Comment gères-tu actuellement tes contacts avec les joueurs  ?
« On se contacte par WhatsApp. J’ai des échanges avec un référent dans l’équipe qui partage les infos et les messages. On essaie d’échanger sur la situation, voir si tout va bien… Aujourd’hui ils se maintiennent physiquement et je vais leur donner quelques petits outils à travailler pour le mental. »

 

“On a plus notre destin en main” : C’est ce que tous conviennent à dire actuellement… Quel est ton avis ?
« Ce que je peux dire, c’est de rester dans la maîtrise de ce que l’on peut maitriser. Aujourd’hui l’adversaire on s’en moque, on ne regarde juste notre situation personnelle. Il ne faut surtout pas faire de fixation sur ceux qui sont mieux classés, qui sont devant nous ou derrière nous. On ne maitrise pas cela donc on ne se pollue pas avec. »

 

Est-ce que le discours est le même dans la situation sanitaire d’aujourd’hui et l’inconnue associée au COVID-19 ?
« C’est tout à fait semblable : je m’occupe de moi. Il ne faut pas faire de fixation sur les éléments qui sont extérieurs et qu’on ne maitrise absolument pas… Par exemple la décision de la fin du championnat, les montée, les descentes… »

 

A la vue de la saison, tu sembles néanmoins vivre passionnément ton rôle ?
« Oui ! J’avoue que cela fait 9 mois que je vis avec ce groupe et que ce groupe est vraiment excellent. Il a un excellent état d’esprit avec des joueurs très intègres et surtout des hommes intègres. Il n’y pas de tricherie, ce sont des joueurs vrais. Moi je ne me fixe pas sur le résultat mais c’est passionnant de vivre ces moments avec eux. C’est comme si on faisait partie de l’équipe… On vit les joies et en même temps les pleurs, les mauvais moments ou les questionnements… On est dans l’équipe mais avec le joueur. C’est vraiment de l’adrénaline que l’on vit avec Philippe, Richard, Guy, le président… C’est absolument enrichissant de vivre leur expérience de gestion de groupe. »

 

Tu interagis aussi avec le staff et tous ceux qui entourent l’équipe .
«
L’équipe, ce n’est pas que les joueurs, c’est tout le monde et je suis très disponible pour eux. J’ai eu Philippe et le président cette semaine… »

 

Enfin, quelles sont tes pensées et aspirations face à la situation actuelle ?
«
Pour moi la priorité aujourd’hui est que l’on résolve les problèmes sur le plan sanitaire. Ça passe par tout le monde, ça passe par le respect des gestes barrière et plus vite on passera ces étapes là, plus vite on reviendra à nos plaisirs et notamment celui du contact et de la communication avec ce groupe. »

 

Merci à Piero et Emmanuel pour ces mots.
N’oubliez par de prendre soin de vous et de vos proches #ForgeronFamily !

 

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