[Interview] Journal d’un forgeron confiné : Michel Berthommier

Alors que la France est confinée et que le football est à l’arrêt, Piero a pris son micro pour interviewer nos forgerons !

micro interview

Piero : Michel, que deviens-tu durant ces moments de confinement ?
Michel Berthommier : « Comme j’ai beaucoup de temps à la maison, j’en profite pour mettre à jour beaucoup de petites tâches qui étaient à l’abandon. Je me surprends chaque jour de finir ou modifier des choses qui dataient et à la grande satisfaction de madame ! Sinon on a syncopé nos journées, le matin on reste attentifs et mobilisés avec les autres dirigeants du FCG. Puis je marche une heure dans le km autorisé, des travaux à la maison, le jardin est nickel, ma pelouse est nickel également… Ça n’a jamais été à ce point-la ! On applaudit à 20h le soir pour les personnels soignants et de secours puis on fait des jeux de société, on regarde la télé… Sans oublier notre groupe WhatApp que nous animons avec les potes et qui nous permet de rester en contact à travers les échanges de nos activités. »

Poursuis-tu ton rôle de responsable administratif au sein du club ainsi que ta fonction de président de l’amicale des anciens ?
« Je suis bien sûr au quotidien,  l’actualité grâce la boîte mail du club. J’ai des messages de la Ligue BFC mais on a surtout beaucoup de sujets en suspens : la reprise des compétitions bien sûr, le tournoi jeunes du 1er juin, les 80 ans du club, le stage du Real Madrid cet été, les équipements textiles de la saison prochaine…
Mon 3ème pôle d’activité comme tu dois t’en douter, c’est le site internet de l’Amicale des Anciens du FCG que nous renseignons avec Michel Chaussin. On a tous les deux notre champ de travail sur les différents chapitres. J’ai retrouvé un carton avec plus de 300 à 400 licences de l’époque 1950-1980 que j’ai commencé à scanner et à mettre sur le site. Il y a des gens qui vont se retrouver alors qu’ils avaient 12-13 ans sur leurs licence ! J’ai même des pépites… J’ai la passion de pouvoir mettre tout ça à la disposition du public, ça fait partie du patrimoine du club. L’onglet de recherche des licences s’appellera “J’ai été licenciés au FCG” et concernera également les forgerons qui ont peut-être joué seulement 1 an, 2 ans ou 5 ans et dont on parle plus trop mais eux seront aux anges ! Ils auront ainsi leurs licences affichées sur le site ! Mais cela reste un gros travail. »

Tu réalises d’autres tâches aussi comme celle d’accompagner l’équipe première dans ses matchs ?
« Oui, parmi mes tâches au sein du Club, il y a celle de Vice-président, membre du bureau et cela m’incite à suivre l’équipe première car le Président n’est pas forcément disponible chaque samedi soir.
A ce titre là, j’essaie d’accompagner l’équipe, le staff, les joueurs le plus possible avec Guy Clopin. De plus, à domicile comme à l’extérieur je m’occupe aussi des équipements de matchs. La cohabitation avec les joueurs, ça me manque pas mal actuellement… Les joueurs aiment bien venir me voir dans mon local pour discuter ! En déplacement j’essaie d’avoir toujours un petit mot pour encourager les gars. »

Il y a longtemps que le FCG n’avait pas été à ce niveau de classement ! Comment juges-tu cette équipe ?
« Cette année l’équipe a quelque chose à jouer… Elle l’a montré pendant les 10 premiers matchs avec son invincibilité, j’insistais toujours avec les gars en leur disant que c’était super une série d’invincibilité… et qu’il fallait poursuivre le plus loin possible, car c’est moteur pour un groupe. J’étais particulièrement fan d’Omar Wade avec qui j’entretenais d’excellents rapports autour du foot et en dehors… Du moins jusqu’à ce qu’il nous quitte.
Effectivement le groupe est de bonne qualité et il y a de quoi faire un beau championnat. Maintenant on ne sait pas comment cela va se finir avec ce confinement… Ni même si la saison se finira ! Cela fait effectivement longtemps qu’on avait pas joué les premiers rôles depuis la relance en 2011… On a l’espoir de monter d’un cran chaque année et on n’y est pas encore arrivé même si à chaque fois, on n’était pas trop loin en étant 3ème ou 4ème… Cette année on est dans le tempo de la lutte pour la première place et c’est excitant ! »

En tant que pionnier de la reconstruction du club, tu dois être heureux de voir l’évolution du FCG et le chemin parcouru depuis 2011 ?
« Oui, c’est sûr que depuis 2011 où l’on était reparti en DH avec une poignée de personnes et maintenant le club s’est étoffé et dispose de salariés, d’un bon groupe de bénévoles mobilisés sur divers tâches, même nos épouses ont rejoint le Staff et certaines gèrent le salon lors des soirées matchs … Le FCG a aujourd’hui une structure importante avec beaucoup d’activités sportives et extra-sportives ! Cette saison par exemple avec le tournoi, le stage du Réal, le forum de l’emploi, etc… L’extra sportif est intéressant afin de montrer que le club n’est pas seulement actif sur le terrain ! Il est aussi un acteur de la vie auprès des gens, des partenaires et des instances et cela montre au monde du foot mais aussi à l’extérieur que le club se développe et prend de l’ampleur. Je pense qu’on doit faire des envieux… Que l’on a beaucoup d’activités et que ça marche !
Les partenaires adhèrent, nous en avons plus de 130 je crois, et le public nous soutient. Tout cela est dû au travail qui a été fait depuis 2011 pour structurer le club sous l’égide du président Bernard Canard, puis après avec les arrivées de Christophe Noluveau et Guillaume Avinain qui sont des permanents au clubs, des jeunes salariés de talent, très dynamiques et très compétents.
Tout ça est venu des échanges d’idées entre les plus anciens et les jeunes pour réussir quelque chose. On a pu le constater ces derniers temps avec l’organisation du match du match du Variétés CF ou plus récemment pour OL-Genoa et aussi cette année avec l’équipe première qui marche bien. C’est vrai que tout ça cela nous conforte. »

Justement, l’équipe tourne bien après cette première période de championnat. Penses-tu que l’on puisse monter à la vue de la progression constatée depuis un certain temps ?
« Effectivement, cela fait 4 ou 5 saisons qu’on essaie vivement de monter et puis, à chaque fois dans le déroulement de la saison, il y a toujours une période difficile à passer… Cette fois, l’équipe a perdu un peu de sa superbe après la trêve…  Il y a, à chaque fois un petit couac qui nous coupe l’élan. Il nous manque peut-être encore un peu cette rigueur, cette fiabilité sur la durée pour tenir la distance… ! »

Il faut quand même le dire, on n’aura pas toujours à faire à une équipe d’Auxerre comme aujourd’hui actuellement invaincue !
« On pourrait refaire l’histoire, l’AJ Auxerre c’est un peu notre bête noire… A tel point qu’autrefois, notre président d’alors et directeur de l’usine, l’historique René Fievet disait “je me fous de savoir si vous finissez 19ème pourvu que Auxerre finisse derrière“. C’est aussi l’éternel problème des championnats ouvert aux équipes réserves pros… Les gens sont partagés là dessus entre un championnat spécifique aux réserve pros ou la formule actuelle. Il y a même eu des sondages là-dessus mais d’un autre côté, cela permet de voir de belles équipes et rehausser le niveau de la compétition avec parfois des pros qui descendent pour jouer en réserve. On a la chance de voir en N3 des joueurs de talent et d’un autre côté, cela nous coûte parce que cette année c’est la réserve d’Auxerre qui marche très bien. L’an passé c’était celle de Dijon. Peut-être faudrait-il laisser s’exprimer ces équipes pros entre elles ? Ou peut être que le problème pour nous est qu’il n’y a qu’une seule d’équipe qui monte par groupe…? »

Avec ton long passé en tant que joueur et dirigeant, quelles sont les moments que tu as le plus apprécié ?
« Il y en beaucoup ! Il y a bien sûr la saison 1978-1979 avec la consécration du titre de Champion de France de D2 et puis le 1/4 de finale de la coupe après la qualification en 2 matchs contre le grand Saint Etienne. Ce sont des éléments clefs ! Après, il y a les jeux méditerranéens en 1975 en Algérie avec cette défaite 2-3 en finale où j’ai eu la chance de côtoyer des joueurs de renom.
J’ai fait presque 400 matchs de D2 ! Je me dis souvent que pour être présent autant de fois, c’est surement pas un accident. Un entraîneur ce qu’il aime, c’est des joueurs fiables et qui durent. Qui ne font pas des apparitions une fois de temps en temps… Et quand on est capable d’aligner 400 matchs sur 13 saisons, ça démontre une certaine fiabilité.
Puis parmi ces souvenirs, il y a aussi la création du club de Marly Oudry après ma  fin de carrière… C’était un challenge que je m’étais donné avec l’aide de mon frère Jean-Claude et le club existe toujours ! C’était en 1984 et l’ACSMO a célébré ses 35 ans. C’est aussi une réussite pour moi. »

Peux-tu nous détailler ce qui fait que tu sois aussi attaché au FCG ?
« Actuellement, et c’est le cas de le dire, je pense que c’est un virus que j’ai choppé dans la cellule familiale d’abord, puis en 1961 quand je suis arrivé à Gueugnon avec toute la famille. Mon père est devenu rapidement secrétaire du club, mes frères aînés y ont joué, j’ai joué aussi en équipe première… D’ailleurs on a tous joué en équipe première et on a tous participé à la vie du club ! En tant que joueur, je n’ai connu que ce club et j’ai pu, au fil du temps m’en imprégner jusqu’à en créer le site internet qui raconte son histoire depuis 1940 ! Je pense avoir un peu de sang jaune et bleu dans les veines et mon rôle de bénévole au club me permet de toujours baigner dans le jus ! »

Cela rappelle un peu la fratrie Correia avec Fabrice qui suivait les traces de son grand frère Philippe…
« Oui, voilà… C’est généralement comme ça en fratrie. Moi j’ai eu la chance de jouer avec 2 de mes frères : Gilles et Jean-Claude. Il n’y a qu’avec mon frère aîné Jacques, que je n’ai pas pu jouer avec le même maillot. Avec mes 2 frères, nous avons fait 9 ou 10 matchs ensemble en D2 et je pense que c’est un fait assez unique ! Pendant la saison 75-76, on fait 8 matchs tous les 3… Gilles était un peu sur la fin de carrière et moi j’arrivai. Puis après j’ai fait près de 250 matchs avec Jean-Claude “le capitaine”… Ce sont des moments chauds et inoubliables ! »

Un mot sur la situation du Foot Amateur ? Car à l’heure où l’on se parle, la FFF n’a pas trancher sur le sort de la saison… Etes-vous prêts à anticiper imaginer les différentes éventualités et options en pensant aussi à la prochaine saison ?
« On reste suspendu aux décisions… C’est très compliqué car c’est le brouillard complet et on attend chaque jour les mails de la Fédé. Beaucoup de sports collectifs ont déjà pris leur décision d’arrêter ou de suspendre les compétitions mais le foot est encore en réflexion… Des grands événements sportifs sont d’ores et déjà reportés. Malgré un entrainement que Philippe Correia a concocté pour l’entretien physique, il faudra néanmoins une préparation athlétique et physique pour les jours précédents la reprise des matchs car on sait qu’après 20 jours d’arrêt de compétition, on retombe athlétiquement et physiquement à zéro.
Le club est prêt à réagir administrativement si on a le signal que l’on reprend tel jour et on reprendra le fil d’actualité habituel. Il y aura plusieurs paliers : le District avec les très jeunes… puis les catégories ados et enfin les seniors avec la ligue BFC. S’il y avait une priorité à donner à mon avis, ce serait pour les seniors car c’est là qu’il y a le plus d’intérêts. En N3 il y a une accession en jeu, en R2 on peut jouer la montée également… A cause de tous ces enjeux, je pense que les dirigeants du foot français sont très prudents car quelques soient les décisions qu’ils prendront, il y aura des satisfaits et des mécontents… C’est une décision lourde à prendre et de plus, je ne vois pas encore comment on pourra sortir du confinement comme ça, un beau matin, en tirant simplement un rideau et hop…
Pour notre part, nous suivrons les directives de la Fédération bien sûr. »

Quels sont tes souhaits et tes aspirations en cette période de pandémie .
« Comme beaucoup de personnes j’ai des enfants dont une fille en Italie, en Lombardie… Elle est en plein cœur du sujet et on est tous les jours en vidéo avec elle. On compte les jours, ils en sont à 5 semaines de confinement ! Ma fille aînée est à l’île Maurice et là-bas aussi il y a aussi le Covid-19, c’est malgré tout un pays touristique aujourd’hui fermé et une grande partie de la population est assez pauvre donc sensible… mon fils, lui, est plus proche  ça va … donc voilà, on suit tout ça aussi avec attention chaque jour… »

Et de manière générale, qu’aurais-tu à dire sur ce confinement ?
« En ce qui me concerne, je veille à respecter les règles du confinement et j’ai de quoi m’occuper à la maison. On est plutôt privilégié d’être à la campagne, on applique les gestes barrières. Au delà de mon cas je souhaiterais que tous les licenciés prennent patience et respectent bien les indications et les prescriptions ! Perso j’ai 3 facteurs de risque donc je reste particulièrement vigilant et j’évite de sortir de la maison. Je conseillerai à tout le monde d’attendre les nouvelles directives et voir comment on va pouvoir sortir de là !
Ah ! Et puis Piéro, en tant que membre de la cellule Communication tu illustres magnifiquement le site officiel avec la rubrique “Journal d’un forgeron confiné” durant cette période. A l’instar des moments où, lorsque tu ne peux assister au match, c’est bien souvent moi qui te “pique” le micro les soirs de match à Jean Laville !  Dès lundi je procèderai moi-même à ton interview pour connaitre ton Journal de confiné ! Tiens-toi prêt ! 😉 »

Teletravail Michel Berthommier

Merci à Piero et Michel pour ces mots.
N’oubliez par de prendre soin de vous et de vos proches #ForgeronFamily !

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